Le sifflet d’un premier motard, l’odeur de la gomme chaude sur l’asphalte et cette attente fébrile qui fait vibrer les bas-côtés des routes départementales… Si vous avez déjà passé une après-midi de juin à attendre le passage du peloton, vous savez que le cyclisme est bien plus qu’un sport : c’est une communion avec la géographie.
Je me souviens encore de mon premier “vrai” col, le Grand Colombier. J’avais à peine quinze ans, un vélo d’entrée de gamme trop grand pour moi, et une détermination inversement proportionnelle à ma condition physique. En arrivant au sommet, les poumons en feu mais les yeux rivés sur la chaîne des Alpes, j’ai compris pourquoi cette région, l’Auvergne-Rhône-Alpes, est le cœur battant du cyclisme mondial. Le tracé du Tour Auvergne-Rhône-Alpes (que les puristes appellent aussi le Nouveau Critérium du Dauphiné) ne fait pas exception à cette règle de beauté et de souffrance.
Ce parcours est une ode à la diversité de notre territoire. Il ne se contente pas de relier un point A à un point B ; il raconte une histoire de résistance, de tactique et de dépassement de soi, serpentant à travers huit étapes qui définiront qui est le véritable patron de la montagne.
En résumé : Ce qu’il faut retenir du tracé
Le Tour Auvergne-Rhône-Alpes propose une semaine de compétition intense, équilibrée mais résolument tournée vers les grimpeurs et les rouleurs-puncheurs.
- Dates : Du 7 au 14 juin.
- Nombre d’étapes : 8 jours de course consécutifs.
- Le Grand Départ : Donné en Isère, à Vizille, terre d’histoire.
- Temps fort technique : Un contre-la-montre par équipe à Perreux (Étape 3) qui pourrait bouleverser le classement général dès le début de semaine.
- Le juge de paix : Le passage par le Grand Colombier (Étape 6) et l’arrivée finale au Plateau de Solaison.
- Diversité géographique : Traversée de l’Isère, de la Haute-Loire, de la Loire, de l’Ain, de la Savoie et de la Haute-Savoie.
L’analyse du parcours, étape par étape

Étape 1 : Le réveil des jambes à Vizille

Le coup d’envoi est donné à Vizille. Pour les amateurs d’histoire, c’est le berceau de la Révolution française, mais pour les coureurs, c’est surtout le début d’une gestion nerveuse du peloton. Cette première étape vers Saint-Ismier n’est pas une simple promenade de santé. En longeant le massif de la Chartreuse, le peloton devra faire face à des vents changeants et des routes qui ne sont jamais vraiment plates.
L’arrivée à Saint-Ismier, au pied du Saint-Eynard, favorise les attaquants. C’est le genre de final où un baroudeur peut espérer subtiliser le premier maillot jaune aux sprinteurs si ces derniers n’ont pas encore retrouvé leur rythme de croisière.
Étape 2 : L’incursion volcanique vers Le Puy-en-Velay

On quitte les contreforts alpins de Saint-Martin-le-Vinoux pour plonger vers l’ouest. Cette étape est une transition magnifique vers la Haute-Loire. Arriver au Puy-en-Velay, c’est s’offrir un décor de carte postale avec ses pitons volcaniques et sa cathédrale majestueuse.
Cependant, le terrain est piégeux. Les routes du Massif Central sont “usantes”. Il n’y a pas de cols de 20 kilomètres ici, mais une succession de bosses courtes et raides qui finissent par l’acidose lactique. Les favoris devront rester vigilants pour ne pas perdre de précieuses secondes sur une cassure idiote en fin de parcours.
Étape 3 : Le chrono de Perreux, l’exercice de vérité

Le contre-la-montre par équipe à Perreux est le moment de vérité pour les staffs techniques. Dans le cyclisme moderne, la cohésion d’équipe est primordiale. Rouler à 55 km/h de moyenne, épaule contre épaule, demande une précision d’orfèvre.
Ici, ce ne sont pas seulement les jambes qui comptent, mais l’aérodynamisme et la stratégie de relais. Une équipe qui explose trop tôt peut voir son leader perdre tout espoir de podium final. Le tracé autour de Perreux, dans la Loire, est suffisamment technique pour demander de la relance, tout en restant assez roulant pour favoriser les grosses cylindrées du peloton.
Étape 4 : De la Loire au Forez

Le départ de Montrond-les-Bains nous emmène vers Saint-Chamond. Nous sommes ici dans le cœur industriel et vallonné de la région. Le parcours est sinueux, traversant le parc naturel régional du Pilat. C’est une étape typique pour les puncheurs. Un final explosif à Saint-Chamond pourrait voir un coureur puissant s’imposer, profitant des routes étroites qui rendent la poursuite du peloton difficile.
Étape 5 : La transition dans les Dombes

Depuis le Parc des Oiseaux de Villars-les-Dombes jusqu’à Saint-Vulbas, le peloton respire un peu… en apparence. C’est l’étape la plus plate du Tour, idéale pour les sprinteurs. Traverser les Dombes, c’est rouler au milieu des étangs. Mais attention : le vent de la plaine de l’Ain peut créer des bordures. Si une équipe décide de “visser” en tête de peloton, le groupe peut voler en éclats en quelques kilomètres.
Étape 6 : Le géant du Bugey, le Grand Colombier

C’est ici que les choses sérieuses commencent. Le départ de La Bridoire n’est qu’un prélude à l’ascension du monstre : le Grand Colombier. Surnommé le “Pyramide du Bugey”, ce col offre des pourcentages dépassant les 12 % par endroits.
Pour avoir grimpé ces lacets, je peux vous dire que la vue sur le Lac du Bourget se mérite. Pour les coureurs, c’est le moment où les masques tombent. Les purs grimpeurs vont passer à l’offensive. La descente vers l’arrivée sera tout aussi importante que la montée : il faut être un descendeur hors pair pour conserver l’avantage acquis au sommet.
Étape 7 : La Savoie dans toute sa splendeur

De Beaufort à Crest-Voland, c’est une étape courte mais nerveuse. Beaufort, célèbre pour son fromage, est aussi le point de départ de certaines des plus belles routes de montagne. On entre ici dans le vif du sujet alpin. L’enchaînement des cols ne laisse aucun répit. C’est une étape de “montagnes russes” où la récupération entre les efforts sera la clé.
Étape 8 : Le bouquet final au Plateau de Solaison

La dernière étape est une apothéose. Le Plateau de Solaison est souvent comparé à l’Alpe d’Huez pour sa difficulté, bien que moins médiatisé. C’est une montée brutale, constante, sans aucun replat pour reprendre son souffle. Arriver ici après sept jours de course demande un mental d’acier. Le vainqueur au sommet de Solaison sera, sans aucun doute, un immense champion.
Pourquoi ce parcours est-il stratégique ?
L’importance de la polyvalence
Ce qui frappe dans ce tracé, c’est qu’il ne permet pas de gagner sur un seul coup d’éclat. Un grimpeur qui perd deux minutes sur le contre-la-montre de Perreux devra cravacher dans le Grand Colombier pour refaire son retard. À l’inverse, un rouleur solide devra s’accrocher dans les lacets de Solaison pour ne pas sombrer. C’est un parcours pour les coureurs complets, ceux que l’on appelle les leaders de Grands Tours.
La gestion de l’altitude et de la chaleur
En juin, la région Auvergne-Rhône-Alpes peut être un fourneau ou un orage géant. La transition entre la plaine de l’Ain et les sommets de la Haute-Savoie impose au corps des variations de température extrêmes. L’hydratation et la nutrition deviennent alors aussi importantes que les watts développés sur les pédales.
L’impact économique et touristique
Le passage du Tour est une vitrine incroyable pour la région. Des villes comme Vizille ou Le Puy-en-Velay profitent d’une exposition internationale. Le cyclotourisme est en plein essor, et voir les professionnels emprunter ces routes encourage des milliers d’amateurs à venir tester leurs jambes sur les mêmes segments.
La région investit massivement dans les infrastructures cyclables, et ce Tour est le fer de lance de cette politique. On ne parle pas seulement de sport, mais de mobilité durable et de promotion d’un patrimoine naturel exceptionnel, des volcans d’Auvergne aux glaciers des Alpes.
Conclusion : Un tracé pour l’histoire
Ce Tour Auvergne-Rhône-Alpes promet une intensité rare. En équilibrant parfaitement les pièges de plaine, la rigueur du chrono et la verticalité des Alpes, les organisateurs ont dessiné un parcours qui respecte l’ADN du cyclisme : la souffrance magnifiée par le paysage.
Que vous soyez un passionné de la première heure ou un simple curieux attiré par la caravane, ce tracé vous emmène au plus profond de ce que la France a de plus beau à offrir. Le rendez-vous est pris sur les sommets.
FAQ : Tout savoir sur le Tour Auvergne-Rhône-Alpes
Quel est le col le plus difficile de cette édition ?
Le Grand Colombier est sans doute le plus redoutable en termes de pourcentages purs, mais l’arrivée finale au Plateau de Solaison est souvent jugée plus éprouvante à cause de l’accumulation de fatigue en fin de compétition.
Peut-on suivre la course partout sur le parcours ?
Oui, l’accès aux routes est gratuit pour les spectateurs. Cependant, pour les arrivées au sommet comme à Solaison ou au Grand Colombier, il est conseillé d’arriver très tôt, car les routes sont fermées à la circulation plusieurs heures avant le passage des coureurs.
Quel type de coureur a le plus de chances de l’emporter ?
Le profil idéal est un grimpeur-polyvalent. Il doit être capable de limiter la casse lors du contre-la-montre par équipe de l’étape 3 et d’être parmi les meilleurs dès que la pente dépasse les 8 %.
Pourquoi le départ a-t-il lieu à Vizille ?
Vizille possède une charge symbolique forte et des infrastructures capables d’accueillir le “village départ”. C’est aussi une porte d’entrée idéale vers les massifs de l’Oisans et de la Chartreuse.
Le tracé change-t-il chaque année ?
Oui, bien que la région reste la même, les villes étapes et les cols empruntés varient pour offrir de la nouveauté et mettre en avant différents départements de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
Sources et Bibliographie
Pour approfondir vos connaissances sur le cyclisme dans la région et l’histoire de ces routes mythiques, voici une sélection de ressources de référence :
- Le site officiel de la Région Auvergne-Rhône-Alpes : https://www.auvergnerhonealpes.fr – Pour comprendre les enjeux de développement du sport et du tourisme local.
- Archives du Critérium du Dauphiné (A.S.O) : https://www.criterium-du-dauphine.fr – Pour consulter les classements historiques et l’évolution des tracés alpins.
- L’Équipe Cyclisme : https://www.lequipe.fr/Cyclisme/ – Analyses techniques et suivi de l’actualité des coureurs engagés.
- Auvergne-Rhône-Alpes Tourisme : https://www.auvergnerhonealpes-tourisme.com – Guide complet sur les cols mythiques et les itinéraires de cyclotourisme en France.
- Le Dico du Tour : http://www.ledicodutour.com – Une ressource inestimable pour l’histoire des passages de courses professionnelles dans chaque commune française.
Je suis Nicolas, un trentenaire vibrant d'une passion débordante pour le vélo sous toutes ses facettes. Depuis plus de 10 ans, ma vie est rythmée au son des roues qui tournent, m'amenant à parcourir des milliers de kilomètres à travers le monde. Cette expérience m'a forgé une expertise que je souhaite aujourd'hui partager avec vous.
Mon parcours m'a conduit sur les routes françaises, notamment la vélodyssée lors d'un périple d'un mois qui a marqué le début de ma "carrière" de voyageur à vélo.
Ces expériences m'ont non seulement permis de tester mes limites, mais aussi d'acquérir des connaissances approfondies en mécanique vélo. Titulaire d'un CQP Technicien Cycle, je propose désormais des formations et rédige des articles techniques pour aider les cyclistes de tous niveaux.
Mon expertise s'étend également au cyclotourisme, au bikepacking et à l'utilisation du vélo en milieu urbain. Je suis convaincu que le vélo est le moyen de transport le plus efficace, économique et écologique pour nos déplacements quotidiens.
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