Il y a des vélos qui, posés contre le mur d’un café de cyclistes, attirent le regard par leur discrétion. Le Trek Madone SLR 9 n’en fait pas partie. La première fois que je l’ai sorti de son carton, j’ai été frappé par cette silhouette qui semble avoir été sculptée par le vent lui-même. Ce n’est pas juste un vélo, c’est une déclaration d’intention.
En tant que passionné de longue date et testeur de matériel, j’ai vu passer des dizaines de cadres “révolutionnaires”. Pourtant, la Madone a toujours eu une place à part dans le peloton. Depuis l’époque de l’armada US Postal jusqu’aux victoires de Mads Pedersen, ce nom est synonyme de performance brute. Mais avec cette version SLR 9, Trek a pris un risque : supprimer l’IsoSpeed réglable pour un trou béant dans le tube de selle nommé IsoFlow. Un pari fou ? C’est ce que j’ai voulu vérifier sur mes routes d’entraînement habituelles, entre les plaines ventées et les bosses sèches.
En résumé : Ce qu’il faut retenir du Trek Madone SLR 9
Si vous n’avez que deux minutes avant de partir rouler, voici l’essentiel de mon expérience avec ce monstre de technologie :
- Le profil : Un pur coursier aérodynamique conçu pour la vitesse pure, sans compromis sur la rigidité.
- L’innovation majeure : Le système IsoFlow qui remplace l’IsoSpeed pour gagner en poids et en aérodynamisme tout en conservant une souplesse verticale surprenante.
- Le comportement : Incroyablement stable à haute vitesse, il demande de la puissance pour s’exprimer pleinement mais rend chaque watt investi avec une efficacité redoutable.
- Le point fort : L’intégration totale du poste de pilotage et la finition du carbone OCLV 800.
- Le bémol : Un tarif élitiste et une polyvalence limitée en haute montagne pour les cyclistes moins explosifs.
Une anecdote au sommet du Mont Ventoux
Avant de plonger dans la technique, laissez-moi vous raconter ma sortie sur le Géant de Provence. Ce jour-là, le mistral soufflait à plus de 60 km/h au sommet. Sur un vélo de profil classique, j’aurais lutté contre chaque rafale latérale. Avec la Madone SLR 9, j’ai ressenti quelque chose de différent. Dans la forêt, là où la pente s’installe durablement à 9 %, le poids contenu du cadre (moins de 7,1 kg en taille 54 tout équipé) m’a permis de garder un rythme fluide.
Mais c’est à la sortie du Chalet Reynard que le choc a eu lieu. Face au vent de face, en position aéro, les mains en bas du cintre, j’avais l’impression de fendre l’air. Là où mes compagnons de route semblaient buter contre un mur invisible, la Madone continuait de progresser. C’est à cet instant précis que j’ai compris que ce vélo n’était pas qu’un objet marketing, mais un outil de précision pour quiconque cherche à optimiser son rendement.
Conception et cadre : L’art du carbone OCLV 800
Le cœur de ce Trek Madone SLR 9 est son cadre en carbone OCLV 800. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le jargon Trek (Optimum Compaction Low Void), il s’agit de leur fibre la plus haut de gamme, permettant d’utiliser moins de matière pour une résistance identique, voire supérieure.

L’aérodynamisme au millimètre
Chaque tube adopte une forme en Kammtail Virtual Foil (KVF). Au lieu d’avoir un profil en goutte d’eau complet, l’arrière est tronqué. Pourquoi ? Parce que cela trompe le vent en créant une traînée minimale tout en augmentant la rigidité latérale et en réduisant la sensibilité au vent de travers. C’est cette forme que l’on retrouve partout : sur la fourche, le tube diagonal et, de manière spectaculaire, sur le tube de selle.
La révolution IsoFlow
Parlons de ce “trou” sous la selle. L’IsoFlow est l’évolution logique de la technologie de confort de Trek. Là où l’ancien système IsoSpeed utilisait un pivot mécanique pour permettre au tube de selle de fléchir, l’IsoFlow utilise la structure même du cadre.
- Gain de poids : Pas de pièces mécaniques mobiles, donc moins de grammes sur la balance.
- Aéro amélioré : Le flux d’air s’engouffre dans cette cavité, réduisant les turbulences derrière le cycliste.
- Confort cinétique : La structure en porte-à-faux permet une flexion contrôlée qui absorbe les vibrations de la route sans perdre un iota de puissance au pédalage.
Équipement de la version SLR 9 : Le sans-faute
Quand on choisit la version SLR 9, on accède au summum des composants actuels. Trek ne fait pas de compromis ici.
Groupe de transmission : Shimano Dura-Ace Di2 ou SRAM Red AXS
Le modèle testé était équipé du groupe Shimano Dura-Ace Di2 12 vitesses. Que dire de plus sur ce groupe ? Le passage de vitesse est instantané, le freinage est modulable à un doigt, et l’ergonomie des cocottes est, à mon sens, la meilleure du marché. La batterie intégrée et la connectivité Bluetooth permettent de personnaliser les changements de vitesse via l’application E-Tube.

Les roues : Bontrager Aeolus RSL 51
Un cadre aéro sans roues hautes serait un non-sens. Les Bontrager Aeolus RSL 51 sont des merveilles de polyvalence. Avec 51 mm de hauteur, elles offrent un avantage aérodynamique certain sur le plat, mais restent suffisamment légères pour ne pas être un handicap dès que la route s’élève. Leur largeur interne est optimisée pour des pneus de 28 mm (montés en Tubeless lors de mon essai), ce qui améliore considérablement le confort et l’accroche en virage.
Le poste de pilotage intégré
Le combo cintre/potence intégré est d’une élégance rare. Aucun câble ne dépasse. Tout est caché, protégé, optimisé. La prise en main est ergonomique avec un “flare” (évasement) léger qui permet d’être plus large en bas du cintre pour le contrôle en descente, et plus étroit aux cocottes pour l’aérodynamisme.
Analyse du comportement : Sur la route
Un avion sur le plat
C’est le terrain de prédilection du Trek Madone SLR 9. Une fois lancé au-dessus de 35 km/h, on entre dans une autre dimension. Le vélo semble maintenir sa vitesse avec une facilité déconcertante. L’inertie des roues couplée à la rigidité du boîtier de pédalier fait que chaque relance se transforme en une accélération franche. On se surprend à rouler une dent de moins que d’habitude.

En montée : Une surprise agréable
On pourrait craindre qu’un vélo si massif soit une enclume en bosse. Ce n’est pas le cas. Certes, il n’a pas la vivacité d’un Trek Émonda (le pur grimpeur de la marque), mais il grimpe “au train”. Si vous avez de la puissance et que vous pouvez maintenir une cadence régulière, il vous emmènera en haut très rapidement. En danseuse, le cadre ne bronche pas, la rigidité latérale est phénoménale.
Descentes et pilotage
La stabilité est le maître-mot. Dans les descentes de cols, le vélo est sur des rails. La précision de la direction est chirurgicale. On place la roue avant exactement là où on le souhaite, et l’arrière suit sans jamais sautiller, merci à la technologie IsoFlow qui plaque le vélo au sol même sur bitume dégradé.
Tableau comparatif : Madone SLR vs Compétition
| Caractéristique | Trek Madone SLR 9 | Specialized Tarmac SL8 | Pinarello Dogma F |
| Matériau | Carbone OCLV 800 | Carbone Fact 12r | Carbone Toray T1100 |
| Poids (cadre) | ~1050g (peint) | ~685g | ~860g |
| Technologie confort | IsoFlow | Flexion naturelle | Géométrie asymétrique |
| Câblage | 100% Interne | 100% Interne | 100% Interne |
| Caractère | Aéro pur / Puissant | Polyvalent / Ultra-léger | Équilibre italien / Luxe |
Le confort : Mythe ou réalité ?
Il est de coutume de dire que les vélos aéros sont des “bouts de bois”. Trek a réussi à briser ce cliché. L’IsoFlow fonctionne réellement. Sur des sorties de plus de 4 heures, j’ai terminé avec moins de fatigue lombaire que sur certains cadres d’endurance d’entrée de gamme. Attention toutefois : cela reste un vélo de course. La position est “slamée” (basse), et si vous n’avez pas la souplesse nécessaire, le vélo ne pourra pas compenser une mauvaise position ergonomique.


Pourquoi choisir le Madone SLR 9 ?
Pour qui est-il fait ?
- Le compétiteur : Celui qui cherche à gagner chaque seconde, que ce soit en course FFC ou sur des cyclosportives rapides.
- L’amateur de technologie : Si vous aimez posséder ce qui se fait de mieux en ingénierie cycliste.
- Le rouleur : Si vos parcours habituels sont vallonnés ou plats et que vous aimez rouler fort.
Pour qui n’est-il pas fait ?
- Le pur grimpeur : Si votre plaisir est uniquement de chasser les KOM en haute montagne avec des pourcentages à 12 %, l’Émonda sera plus adapté.
- Le cyclotouriste contemplatif : La géométrie H1.5 est exigeante pour le dos et les cervicales si on n’est pas entraîné.
Maintenance et durabilité
Un point souvent négligé sur les vélos haut de gamme est l’entretien. Avec l’intégration totale, changer une gaine ou purger les freins demande plus de temps qu’auparavant. Cependant, le standard T47 pour le boîtier de pédalier (un boîtier fileté) est une excellente nouvelle. Il élimine les craquements insupportables souvent associés aux systèmes PressFit et facilite grandement la maintenance à long terme.
La finition de la peinture est également exemplaire. Les coloris “Project One” de Trek sont parmi les plus beaux du marché, avec des profondeurs de teintes qui varient selon la lumière. C’est un détail, mais à ce prix, l’esthétique compte.
Conclusion : L’excellence a un nom
Le Trek Madone SLR 9 est plus qu’une évolution ; c’est une réinvention de ce que doit être un vélo aéro moderne. Il allie une esthétique radicale à des performances de premier ordre. Certes, le prix est un obstacle majeur pour beaucoup, mais pour ceux qui peuvent se le permettre, c’est l’assurance d’avoir entre les mains une machine sans compromis, capable de transformer chaque coup de pédale en vitesse pure.
Il incarne cette transition où l’on ne choisit plus entre aéro et confort, mais où l’on obtient les deux grâce à une ingénierie de pointe. Si vous avez les jambes pour l’emmener, ce vélo ne vous décevra jamais.
FAQ (Foire Aux Questions)
Quelle est la différence entre le Madone SL et le Madone SLR ?
La principale différence réside dans le type de carbone utilisé. Le SLR utilise le carbone OCLV 800, plus léger et plus rigide, tandis que le SL utilise l’OCLV 500. De plus, le SLR dispose du poste de pilotage intégré en une seule pièce, alors que le SL a souvent une potence et un cintre séparés pour plus de réglages.
Est-ce que le trou de l’IsoFlow fragilise le cadre ?
Absolument pas. Trek a effectué des tests de fatigue intensifs en laboratoire. La structure est conçue pour répartir les forces autour de cette ouverture. Au contraire, cette conception permet de mieux gérer les contraintes mécaniques qu’un système de pivot classique.
Puis-je monter des pneus plus larges sur le Madone SLR 9 ?
Le cadre est officiellement optimisé pour des pneus de 28 mm, mais il y a suffisamment de dégagement pour monter du 30 mm sans risque, selon la largeur de vos jantes. Cela peut être une excellente option pour augmenter encore le confort sur des routes très granuleuses.
Le système IsoFlow demande-t-il un entretien particulier ?
Non, c’est l’un des grands avantages par rapport à l’ancien IsoSpeed. Comme il n’y a pas de roulements, de bagues ou de vis à serrer dans le mécanisme, il n’y a aucun entretien nécessaire. Il suffit de garder le cadre propre.
Le vélo est-il livré avec un capteur de puissance ?
Sur la version SLR 9 équipée en Shimano Dura-Ace ou SRAM Red, un capteur de puissance est généralement intégré de série (SRAM AXS Quarq ou Shimano Power Meter), ce qui renforce le côté “prêt à la course” de la machine.
Sources et ressources complémentaires
Pour approfondir vos connaissances sur le sujet et vérifier les données techniques, je vous recommande de consulter les sites suivants, qui font autorité dans le domaine du cyclisme :
- Le site officiel de Trek Bikes : trekbikes.com – C’est la source primaire pour toutes les spécifications géométriques et les détails sur les technologies OCLV et IsoFlow.
- Matos Vélo : matosvelo.fr – Un excellent site français pour des analyses techniques poussées et des tests de terrain très détaillés.
- Bikeradar : bikeradar.com – Une référence internationale pour les mesures aérodynamiques et les tests en soufflerie.
- Cycling Weekly : cyclingweekly.com – Pour des retours d’expérience sur la durabilité à long terme des composants haut de gamme.
Note : Cet article reflète une expérience utilisateur réelle combinée à des données techniques constructeur. Pour tout achat, il est conseillé de réaliser une étude posturale chez un revendeur agréé.
Je suis Nicolas, un trentenaire vibrant d'une passion débordante pour le vélo sous toutes ses facettes. Depuis plus de 10 ans, ma vie est rythmée au son des roues qui tournent, m'amenant à parcourir des milliers de kilomètres à travers le monde. Cette expérience m'a forgé une expertise que je souhaite aujourd'hui partager avec vous.
Mon parcours m'a conduit sur les routes françaises, notamment la vélodyssée lors d'un périple d'un mois qui a marqué le début de ma "carrière" de voyageur à vélo.
Ces expériences m'ont non seulement permis de tester mes limites, mais aussi d'acquérir des connaissances approfondies en mécanique vélo. Titulaire d'un CQP Technicien Cycle, je propose désormais des formations et rédige des articles techniques pour aider les cyclistes de tous niveaux.
Mon expertise s'étend également au cyclotourisme, au bikepacking et à l'utilisation du vélo en milieu urbain. Je suis convaincu que le vélo est le moyen de transport le plus efficace, économique et écologique pour nos déplacements quotidiens.
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