C’est l’histoire d’une idylle qui vire au vinaigre. Pendant des décennies, Amsterdam a été le paradis sur Terre pour quiconque aime pédaler cheveux au vent. Mais depuis quelque temps, un nouveau venu aux pneus surdimensionnés et au look de petite moto fait grincer les dents sur les pistes cyclables : le fatbike électrique.
Aujourd’hui, la capitale néerlandaise a décidé de siffler la fin de la récréation, du moins dans son poumon vert le plus célèbre. Si vous aviez l’habitude de traverser le Vondelpark sur votre monture aux roues de 4 pouces de large, il va falloir revoir votre itinéraire.
En résumé : l’essentiel de l’affaire
Pour ceux qui sont pressés (ou qui lisent ceci entre deux coups de pédales), voici ce qu’il faut retenir :
- Interdiction ciblée : La municipalité d’Amsterdam interdit désormais les fatbikes dans le Vondelpark.
- Sécurité en cause : Une hausse alarmante des accidents à grande vitesse et des comportements imprudents motive cette décision.
- Le fléau du débridage : De nombreux modèles circulent illégalement à 60 km/h, bien au-delà de la limite légale de 25 km/h.
- Protection des plus jeunes : 50 % des accidents de fatbikes concernent des adolescents de 12 à 15 ans.
- Un mouvement national : D’autres villes comme Enschede emboîtent le pas avec des restrictions basées sur la largeur des pneus.
Le Vondelpark, ce sanctuaire menacé par la vitesse
Si vous n’avez jamais mis les pieds à Amsterdam, laissez-moi vous planter le décor. Le Vondelpark, c’est un peu le Central Park local, mais avec une touche de liberté néerlandaise en plus. On y croise des familles en pique-nique, des coureurs du dimanche, et surtout, des milliers de cyclistes qui l’utilisent comme une artère vitale pour traverser la ville.
Mais voilà, l’ambiance “peace and love” a été sérieusement bousculée par l’arrivée massive des fatbikes. Avec leur assistance électrique puissante et leur look robuste, ils sont devenus l’accessoire de mode ultime, surtout chez les jeunes. Le problème ? Le parc n’est plus un lieu de flânerie, mais une autoroute de la discorde. Les autorités locales, relayées par Reuters et Numerama, tirent la sonnette d’alarme : les accidents se multiplient, et la cohabitation avec les piétons est devenue invivable.
Pourquoi le Vondelpark en particulier ?
Le Vondelpark est un espace clos avec des allées parfois étroites où se mélangent enfants en bas âge et cyclistes pressés. C’est le laboratoire idéal pour tester une mesure radicale. En excluant les fatbikes de ce périmètre, Amsterdam envoie un message clair : le parc doit rester un lieu de détente, pas une zone de test pour engins débridés.
Ma petite anecdote : quand j’ai failli tâter du bitume amsteldamois
Laissez-moi vous raconter une petite mésaventure personnelle. Lors de mon dernier passage à Amsterdam, j’étais tranquillement installé sur un banc près de la fontaine du Vondelpark, un café à la main, admirant la fluidité légendaire du trafic cycliste. Tout semblait chorégraphié… jusqu’à ce qu’un fatbike noir mat surgisse de nulle part.
Le conducteur ? Un gamin qui n’avait pas l’air d’avoir plus de 14 ans. Le vélo ? Un monstre silencieux qui devait filer à au moins 45 ou 50 km/h. Il a frôlé une poussette avec une aisance terrifiante, sans même ralentir. À ce moment-là, j’ai compris que le “vélo électrique” tel qu’on l’imaginait avait muté. Ce n’était plus une aide au pédalage, c’était un vélomoteur déguisé. Le sentiment de sécurité que l’on ressent normalement dans cette ville s’est évaporé en une seconde. Et c’est précisément ce sentiment que la mairie tente aujourd’hui de restaurer.
Les chiffres qui fâchent : les adolescents en première ligne
Ce n’est pas seulement une question d’impression ou de “vieux grincheux” qui n’aiment pas la nouveauté. Les données sont là, et elles sont froides. Selon une étude citée par les autorités néerlandaises, environ la moitié des accidents impliquant des fatbikes concernent des enfants âgés de 12 à 15 ans.
Le cocktail explosif : jeunesse + vitesse
Pourquoi un tel carnage ? Plusieurs facteurs se rejoignent :
- L’absence de permis : Contrairement à un scooter, le fatbike ne demande aucune formation.
- Le débridage facile : C’est le secret de polichinelle du secteur. En quelques clics sur une application ou en changeant un réglage dans le contrôleur, un vélo limité à 25 km/h (norme européenne) se transforme en un bolide capable d’atteindre 60 km/h.
- Le poids de l’engin : Un fatbike pèse souvent entre 30 et 40 kg. À haute vitesse, l’énergie cinétique est énorme. En cas de collision, les dégâts sont bien plus graves qu’avec un vélo classique de 15 kg.
Les autorités néerlandaises luttent depuis plus d’un an contre ce phénomène. Des saisies massives ont été effectuées, et des enquêtes sont en cours pour déterminer la responsabilité des revendeurs qui proposent, parfois sous le manteau, de “libérer” la puissance de ces machines.
Le fatbike, ce “vélo” qui n’en est plus vraiment un
Il faut bien comprendre la distinction technique. En Europe, un VAE (Vélo à Assistance Électrique) doit respecter trois règles d’or :
- L’assistance ne se déclenche que si l’on pédale.
- Le moteur ne doit pas dépasser 250 Watts de puissance nominale.
- L’assistance doit se couper dès que l’on atteint 25 km/h.
Le problème des fatbikes incriminés, c’est qu’ils bafouent souvent ces trois principes. Certains possèdent une gâchette d’accélération (comme une moto), des moteurs de 750W ou 1000W, et des limiteurs de vitesse qui sautent d’un simple geste. En réalité, ce sont des cyclomoteurs illégaux, non immatriculés et non assurés.
La réponse d’Amsterdam : un signal fort
La ville ne veut pas interdire le vélo, elle veut protéger le vélo. En s’attaquant aux fatbikes, elle tente de préserver la réputation des pistes cyclables. Si rien n’est fait, le risque est de voir apparaître des réglementations beaucoup plus contraignantes pour tous les cyclistes (casque obligatoire, plaques, contrôles techniques), ce que les associations comme la Cyclists’ Union (Union des cyclistes) veulent éviter à tout prix.
Une fronde nationale : Amsterdam n’est pas seule
L’affaire du Vondelpark n’est que la partie émergée de l’iceberg. Partout aux Pays-Bas, la résistance s’organise. La municipalité d’Enschede, par exemple, a eu une idée ingénieuse (ou machiavélique, selon votre point de vue) : interdire l’accès au centre-ville aux vélos équipés de pneus de plus de 7 centimètres de large.
C’est une manière très concrète de viser les fatbikes sans les nommer directement. On ne s’attaque pas à la marque, mais à la caractéristique physique de l’objet. C’est une stratégie qui fait école et qui montre que le problème est perçu comme systémique.
La fin de la tolérance ?
Les usagers de fatbikes, eux, se sentent stigmatisés. Ils arguent que c’est une remise en cause de la “politique de tolérance” historique d’Amsterdam. Pour beaucoup, le fatbike est un outil de mobilité fantastique pour ceux qui vivent loin du centre ou qui ont besoin d’un véhicule stable et confortable. Le débat est vif : doit-on punir tout le monde pour les dérives d’une minorité de cyclistes imprudents et de modèles modifiés ?
Quel futur pour le vélo électrique aux Pays-Bas ?
Le marché du vélo électrique est colossal. En 2024, 48 % des vélos vendus aux Pays-Bas étaient électriques, et 13 % étaient des fatbikes. On ne parle pas d’un gadget de niche, mais d’une véritable tendance de fond.
Le renforcement de la répression semble inévitable. Les associations comme la RAI (industrie automobile et cycle), l’ANWB (le club de mobilité) et la BOVAG se sont déjà prononcées pour :
- Un contrôle accru sur l’importation de modèles non homologués.
- Des sanctions sévères pour le débridage.
- Une réflexion sur l’âge minimum pour conduire un vélo électrique puissant.
L’interdiction au Vondelpark est donc un test grandeur nature. Si la mesure porte ses fruits et que le nombre d’accidents baisse, attendez-vous à voir des panneaux “Interdit aux Fatbikes” fleurir un peu partout en Europe, y compris dans nos villes françaises.
Conclusion : Retrouver l’esprit du vélo
Au fond, cette crise du fatbike nous interroge sur ce que nous voulons pour nos villes. Le vélo a toujours été synonyme de douceur, de silence et de partage de l’espace. En transformant le vélo en un engin de course urbaine, on brise ce contrat social.
Amsterdam ne fait pas la guerre au progrès technologique, elle essaie simplement de rappeler que la liberté des uns s’arrête là où commence la sécurité des autres. Que vous soyez sur un vélo de ville classique, un cargo ou un fatbike (homologué !), la règle reste la même : le respect.
Si vous possédez un fatbike, restez prudent, respectez les limites, et surtout, gardez un œil sur les piétons. C’est le seul moyen d’éviter que ces interdictions ne deviennent la norme partout ailleurs.
FAQ : Tout savoir sur la réglementation des Fatbikes
Pourquoi Amsterdam interdit-elle les fatbikes spécifiquement ?
L’interdiction se concentre sur les fatbikes car ils sont statistiquement impliqués dans une part disproportionnée d’accidents graves, notamment à cause de leur vitesse excessive due au débridage fréquent. La ville cherche à protéger les zones piétonnes et les parcs comme le Vondelpark.
Est-il légal de rouler à 45 ou 60 km/h avec un fatbike ?
Absolument pas. Pour rester dans la catégorie “vélo”, l’assistance doit se couper à 25 km/h. Au-delà, l’engin est considéré comme un speed-pedelec ou un cyclomoteur, ce qui nécessite un permis, une assurance, une plaque d’immatriculation et le port d’un casque spécifique.
Quels sont les risques si je débride mon vélo ?
Outre les amendes salées et la saisie immédiate du véhicule par la police, le plus gros risque est en cas d’accident. Votre assurance refusera systématiquement de couvrir les dommages, ce qui peut vous endetter à vie si vous blessez quelqu’un.
Les enfants peuvent-ils continuer à conduire des fatbikes ?
Pour l’instant, il n’y a pas d’âge légal minimum pour un VAE classique aux Pays-Bas ou en France, mais la pression monte pour instaurer une limite à 14 ou 16 ans face à la multiplication des accidents chez les collégiens.
Comment savoir si mon fatbike est aux normes ?
Vérifiez que votre moteur affiche une puissance nominale de 250W maximum et que l’assistance se coupe bien à 25 km/h. Si votre vélo peut avancer sans que vous ne pédaliez (via une gâchette), il est fort probable qu’il ne soit pas homologué comme un simple vélo.
Sources :
- Reuters : reuters.com
- Numerama : numerama.com
- DutchNews.nl (Détails sur l’interdiction au Vondelpark) : dutchnews.nl/2025/11/amsterdam-looks-to-ban-fatbikes-from-busy-parts-of-the-city/
- NL Times (Mesures à Enschede et Amsterdam) : nltimes.nl/2025/11/26/amsterdam-plans-fat-bike-ban-busiest-areas-city
- ANWB (Règlementation et sécurité) : anwb.nl/fiets/soorten-fietsen/fatbike/fatbike-regels
- RAI Vereniging (Statistiques du marché) : raivereniging.nl
- BOVAG (Prises de position sectorielles) : mijn.bovag.nl
Je suis Nicolas, un trentenaire vibrant d'une passion débordante pour le vélo sous toutes ses facettes. Depuis plus de 10 ans, ma vie est rythmée au son des roues qui tournent, m'amenant à parcourir des milliers de kilomètres à travers le monde. Cette expérience m'a forgé une expertise que je souhaite aujourd'hui partager avec vous.
Mon parcours m'a conduit sur les routes françaises, notamment la vélodyssée lors d'un périple d'un mois qui a marqué le début de ma "carrière" de voyageur à vélo.
Ces expériences m'ont non seulement permis de tester mes limites, mais aussi d'acquérir des connaissances approfondies en mécanique vélo. Titulaire d'un CQP Technicien Cycle, je propose désormais des formations et rédige des articles techniques pour aider les cyclistes de tous niveaux.
Mon expertise s'étend également au cyclotourisme, au bikepacking et à l'utilisation du vélo en milieu urbain. Je suis convaincu que le vélo est le moyen de transport le plus efficace, économique et écologique pour nos déplacements quotidiens.
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