Le bikepacking, ce n’est pas simplement mettre des sacs sur un vélo. C’est une philosophie de la liberté, un équilibre précaire mais jouissif entre le minimalisme et l’autonomie totale. On me demande souvent : « Par quoi je commence ? ». Ma réponse est toujours la même : commencez par oublier tout ce que vous savez sur le cyclotourisme traditionnel. Ici, on ne parle pas de sacoches latérales lourdes qui bringuebalent, mais d’une intégration parfaite du matériel à la silhouette de votre machine.
Mon premier “fiasco” : Pourquoi l’équipement fait tout
Avant d’entrer dans le vif du sujet, laissez-moi vous raconter ma première traversée du Vercors. Je pensais être prêt avec mon vieux VTT et des sacs à dos sanglés n’importe comment. Résultat ? Au bout de 20 kilomètres, le balancement de ma charge m’a épuisé, la pluie a traversé mon sac “soi-disant” imperméable, et j’ai fini par dormir dans une couverture de survie car mon sac de couchage était trempé.
Cette expérience, bien que douloureuse sur le moment, a été mon meilleur professeur. Elle m’a appris que pour savourer le paysage, il faut oublier son matériel. Et pour oublier son matériel, il faut qu’il soit irréprochable.
En résumé : Les indispensables du bikepacking
Si vous n’avez que deux minutes, voici les piliers d’un équipement réussi :
- Le vélo : Un modèle polyvalent (Gravel ou VTT) avec des points de fixation.
- La bagagerie : Le trio sacré : sacoche de selle, de cadre et de cintre.
- Le bivouac : Visez la légèreté (système de moins de 2kg pour tente/duvet/matelas).
- L’hydratation : Anticipez ! Filtre à eau et gourdes de grande capacité.
- La réparation : Un kit complet pour être autonome en pleine nature.
- Le maître-mot : La légèreté. Chaque gramme compte quand la pente dépasse les 10%.
1. Le choix de la monture : Votre meilleur allié
Le vélo est le squelette de votre aventure. Contrairement au voyage classique, le bikepacking privilégie les sentiers et les routes secondaires.

Gravel ou VTT ?
Le Gravel est devenu la star de la discipline. Rapide sur l’asphalte, robuste sur les chemins de terre, il est le compromis idéal. Cependant, si votre trace prévoit de traverser des massifs techniques, un VTT semi-rigide sera bien plus clément pour votre dos et vos poignets.
Les matériaux du cadre
- L’Acier : Le choix des puristes. Durable, confortable grâce à sa souplesse naturelle, et réparable partout dans le monde.
- L’Aluminium : Idéal pour débuter sans se ruiner. C’est rigide et léger, bien que parfois un peu “tape-cul”.
- Le Carbone : Pour la performance pure. Gain de poids énorme, mais attention aux zones de frottement des sacoches qui peuvent poncer le vernis (utilisez des films de protection !).
La transmission
Optez pour un développement court. Chargé, vous aurez besoin de “mouliner” dans les cols. Un montage en mono-plateau simplifie la mécanique et réduit les risques de bris, mais assurez-vous d’avoir une cassette avec un grand pignon de 42 ou 50 dents.
2. La bagagerie : L’art du Tetris
Oubliez les porte-bagages lourds. En bikepacking, on utilise le volume mort du cadre.
La sacoche de selle (Seat Pack)
C’est là que vous logez tout ce qui est volumineux mais léger : votre kit de couchage et vos vêtements de rechange. Conseil d’expert : Serrez les sangles au maximum pour éviter l’effet “queue de chien” (le balancement latéral) quand vous dansez sur les pédales.
La sacoche de cadre (Frame Bag)
C’est le centre de gravité du vélo. C’est l’endroit parfait pour les objets lourds : outils, batterie externe, nourriture ou poche à eau. Il existe des modèles “full frame” ou “half frame” selon que vous souhaitez garder l’accès à vos bidons ou non.
La sacoche de cintre (Handlebar Bag)
Elle accueille généralement la tente ou le matelas. Attention à ne pas gêner le passage des câbles de freins et de dérailleurs. Sur un cintre “drop bar” (route/gravel), la largeur est limitée ; sur un cintre plat, vous pouvez voir plus grand.
Les “Accessory Packs”
Ne négligez pas les Food Pouches (fixées à la potence) pour vos snacks et les Top Tube Bags pour votre téléphone et votre crème solaire. L’accessibilité est la clé pour ne pas s’arrêter toutes les dix minutes.
3. Dormir à la belle étoile : Le système de bivouac
C’est ici que l’on gagne ou que l’on perd la bataille du poids. Votre sommeil détermine votre capacité de récupération.
Tente, Bivy ou Hamac ?
- La Tente : Le confort absolu et une protection contre les insectes. Choisissez une version “ultra-light” (UL).
- Le Bivy (sac à boussole) : Pour les minimalistes radicaux. C’est léger, discret pour le bivouac sauvage, mais gare à la condensation.
- Le Hamac : Génial en forêt, mais inutile au-dessus de la limite des arbres.

Le sac de couchage
Privilégiez le duvet d’oie ou de canard pour sa compressibilité exceptionnelle. Regardez la température de confort et non la température limite. Un duvet avec un “Fill Power” de 800 cuin est un excellent investissement.
Le matelas
Ne faites pas l’impasse sur l’isolation. Un matelas gonflable avec une bonne R-Value (indice de résistance thermique) vous isolera du froid venant du sol. Rien de pire que de perdre sa chaleur corporelle par la terre.
4. S’habiller pour l’aventure : Le système multicouche
En vélo, on a souvent trop chaud en montée et trop froid en descente. La solution ? Le système des trois couches.
- Couche de base : L’indétrônable laine mérinos. Elle ne gratte pas, tient chaud même humide, et surtout, elle ne retient pas les odeurs (un luxe après 4 jours sans douche).
- Couche thermique : Une doudoune légère en synthétique ou en plume, à sortir dès l’arrêt ou lors des soirées fraîches au campement.
- Couche de protection : Une veste Gore-Tex ou imper-respirante de haute qualité. Elle doit vous couper du vent et vous garder au sec sous l’orage.

Le bas : Le confort de l’assise
N’économisez jamais sur votre cuissard. Vos fesses sont votre point de contact le plus critique. Un bon insert (la peau de chamois) et une crème anti-frottements vous sauveront la vie. Par-dessus, un short de VTT léger peut ajouter de la protection et des poches.
5. La cuisine en autonomie : Manger chaud ou froid ?
Certains ne jurent que par le “cold soaking” (réhydratation à froid), mais après 80 bornes sous la pluie, un café chaud ou un plat lyophilisé change le moral.
- Le Réchaud : Les modèles à gaz type “Screw-on” sont les plus simples. Pour l’ultra-léger, le réchaud à alcool (type P3RS) est imbattable en poids mais plus lent.
- La Popote : Une tasse en titane de 600ml ou 750ml suffit pour chauffer l’eau et manger directement dedans.
- L’Eau : C’est votre carburant. En plus de vos bidons, emportez un filtre à eau (type Sawyer Mini ou Katadyn BeFree). Cela vous permet de boire dans n’importe quel ruisseau et d’éviter de porter 5kg de flotte.
6. L’atelier mobile : Réparer pour repartir
La mécanique fait partie du voyage. Vous devez savoir gérer les pannes de base.
Votre kit de survie doit contenir :
- Un multi-outil avec dérive-chaîne.
- Un kit de mèches (si vous êtes en Tubeless) ou des chambres à air de secours.
- Une pompe compacte mais efficace.
- Un maillon rapide (Powerlink) adapté à votre chaîne.
- Des colliers de serrage (Rilsan) et du ruban adhésif (Duck Tape) : les sauveurs universels.
- Une patte de dérailleur de secours (spécifique à votre cadre).

7. Électronique et navigation
Se perdre fait partie du charme, mais pas quand la nuit tombe et qu’on manque d’eau.
- GPS dédié : Les compteurs type Garmin ou Wahoo sont plus économes en batterie que votre smartphone. Ils sont aussi plus lisibles en plein soleil.
- Batterie externe (Powerbank) : Une capacité de 10 000 mAh est généralement suffisante pour 2-3 jours d’autonomie pour votre téléphone, GPS et éclairages.
- Éclairage : Même si vous ne prévoyez pas de rouler de nuit, une bonne lampe frontale est indispensable pour le bivouac, et un feu arrière puissant est une question de sécurité vitale sur la route.
8. L’aspect psychologique : Préparer l’esprit
L’équipement ne fait pas tout. Le bikepacking est un sport de résilience. Il y aura des moments de doute, des crevaisons au pire moment, et des côtes qui semblent infinies.
Mon conseil : Ne visez pas trop haut pour votre première sortie. Faites un “Overnighter” (une nuit dehors) à 30km de chez vous. Testez votre matériel, voyez ce que vous n’avez pas utilisé et ce qui vous a manqué. Le meilleur équipement est celui que vous maîtrisez.
Ce qu’il faut retenir
S’équiper pour le bikepacking est un voyage en soi. C’est un processus d’élagage où l’on apprend à distinguer l’essentiel du superflu. Rappelez-vous que la personne qui s’amuse le plus n’est pas forcément celle qui possède le vélo le plus cher, mais celle qui a le matériel le plus adapté à ses besoins et à ses capacités.
La route vous attend. Chargez vos sacoches, gonflez vos pneus, et allez voir ce qu’il y a derrière la prochaine colline.
FAQ
Quel budget prévoir pour débuter en bikepacking ?
Si vous possédez déjà un vélo, comptez environ 400 à 600 euros pour un kit de bagagerie correct et un équipement de bivouac d’entrée de gamme mais fiable. On peut bien sûr monter beaucoup plus haut avec du carbone et du titane, mais ce n’est pas une obligation pour s’évader.
Peut-on faire du bikepacking avec un vélo de route classique ?
C’est possible, mais limité. Les vélos de route ont souvent des pneus fins (25-28mm) qui supportent mal le poids supplémentaire et les chemins de terre. De plus, l’absence d’œillets de fixation complique le montage des sacoches. Un passage sur des pneus de 30mm ou 32mm (si le cadre le permet) est recommandé.
Comment gérer l’hygiène lors d’un voyage de plusieurs jours ?
Le mérinos aide beaucoup pour les odeurs. Pour le reste, les lingettes biodégradables ou une simple toilette au gant de toilette dans un cours d’eau font des merveilles. N’oubliez pas le savon biodégradable pour respecter l’environnement !
Faut-il absolument passer au Tubeless ?
En bikepacking, le Tubeless (pneus sans chambre à air avec liquide préventif) est un énorme avantage. Il permet de rouler à basse pression pour plus de confort et de traction, tout en bouchant automatiquement les petites crevaisons dues aux épines ou aux silex.
Comment bien répartir le poids sur le vélo ?
La règle d’or : placez le plus lourd au centre (cadre) et le plus léger aux extrémités (selle et cintre). Essayez de conserver une répartition de 60% à l’arrière et 40% à l’avant pour garder une direction maniable mais stable.
Je suis Nicolas, un trentenaire vibrant d'une passion débordante pour le vélo sous toutes ses facettes. Depuis plus de 10 ans, ma vie est rythmée au son des roues qui tournent, m'amenant à parcourir des milliers de kilomètres à travers le monde. Cette expérience m'a forgé une expertise que je souhaite aujourd'hui partager avec vous.
Mon parcours m'a conduit sur les routes françaises, notamment la vélodyssée lors d'un périple d'un mois qui a marqué le début de ma "carrière" de voyageur à vélo.
Ces expériences m'ont non seulement permis de tester mes limites, mais aussi d'acquérir des connaissances approfondies en mécanique vélo. Titulaire d'un CQP Technicien Cycle, je propose désormais des formations et rédige des articles techniques pour aider les cyclistes de tous niveaux.
Mon expertise s'étend également au cyclotourisme, au bikepacking et à l'utilisation du vélo en milieu urbain. Je suis convaincu que le vélo est le moyen de transport le plus efficace, économique et écologique pour nos déplacements quotidiens.
À travers ce blog, je m'engage à vous fournir des informations fiables et actualisées, basées sur mon expérience personnelle et des recherches approfondies. Que vous soyez débutant ou cycliste aguerri, mon objectif est de vous inspirer et de vous accompagner dans votre propre aventure à vélo.
Rejoignez-moi dans cette passionnante odyssée sur deux roues, où chaque coup de pédale est une nouvelle découverte !


